II.
- Lili, on est rentrés ! »
Lili se retourna sur le côté pour faire face à ses parents encore dans le cadre de la porte.
- Pas si fort maman, je suis juste là... » marmonne Lisabelle, d'une voix semblable à celle d'un zombie à moitié mort et avec raison, elle s'était allongée en vitesse sur le divan, pour s'endormir que quatre heures plus tard.
Sa mère sauta sur place.
- Lili, ne me refais plus ça, je te croyais dans ta chambre ! Mais... mais qu'est-ce que tu fais dans le salon ? »
Que répondre ? Qu'un homme complètement inconnu est entré dans leur maison, la menacée d'un fusil avant de fuir en lui donnant un rendez-vous pour elle-ne-sait-trop quelle raison et en tirant dans le plafond ? Qui, en plus, l'a forcé à mentir ? Non... Qui la croirait ? Qui croirait qu'elle dit la vérité lorsqu'elle va parler d'une visite nocturne qui a bouleversé sa vie ?
- J'étais... trop paresseuse pour me rendre à ma chambre... »
- Oui, je vois... Un verre de terre ? »
- Si on veut, oui... en quelque sorte » répondit Lisabelle en se forçant de faire apparaître un sourire niais sur son visage alors que que son coeur lui crie de fondre en larmes.
Pendant que les deux filles discutaient ensemble, le père de Lisabelle fixait le plafond et le plancher en alternant, d'un air intrigué.
- Euh... Lisabelle, c'est quoi... ça ? »
Vite, vite Lisabelle... Le rat ou les problèmes de plomberie ?
- C'est un rat... je crois. »
- Un rat ? Franchement Lisabelle, un rat ne peut pas faire un trou au plafond comme ça ! » s'exclama son père, choqué par ce mensonge gratuit.
- Euh... Je savais pas justement. Je ne suis pas une spécialiste en ratologie tu sais. » répondit Lisabelle sur le ton de la plaisanterie. Mais son intérieur ne rit point.
Son père laissa échapper un rire et fixa avec encore plus d'intensité le mur qui ornait le plafond de sa maison.
- Bon, pardon à vous deux mais j'ai autre chose à faire que d'observer un plafond. » ajouta-t-elle en se dirigeant d'un pas rapide vers sa chambre, située au bout du couloir.
- Attends, toi. Ou vas-tu ? » demanda son père.
Cette fois, il était sérieux.
- Euh... dans ma chambre. » répondit Lisabelle en se retenant de rajouter un '' Ou voudrais-tu que j'aille d'autre ? Notre maison est petite tu sais. ''
- D'accord mais avant, je veux la vraie explication à ce trou. D'ou vient-il ? » questionna le père de Lisabelle, ses yeux d'interrogateur posés sur elle.
- Je te l'ai dis, répondit-elle d'une voix hésitante, c'est un rat. »
- Pas vrai. Tu mens. »
Bon, oui, elle mentait. Dire la vérité ? Un étranger a tiré une balle devant moi ? Non, pas question !
- Je l'ignore. J'en ai aucune idée. C'était là à mon retour. »
- Lisabelle, s'il-te-plaît... » supplia son père, vexé.
- Je peux inventer si tu veux une réponse qui te convient. »
- Tu es certaine de ce que tu dis Ludi ? » demande sa mère, prenant part à la discussion.
Lisabelle prit une grande inspiration discrète et répondit du mieux qu'elle pût.
- Oui. Certaine. »
Sa mère se tourna vers son mari.
- Ça va chéri, n'insiste pas. »
- Je peux te faire confiance ? » demanda son mari à Lisabelle.
- Oui, oui. »
Sa mère quitta la pièce, murmurant un '' Bonne nuit, je vous aime '' au passage. Une fois seuls, le père de Lisabelle exprima ce qu'il croyait être la vérité.
- Tu as fêté ici durant notre absence, c'est ça ? »
- Pardon !? » s'exclama Lisabelle, indignée que son père puisse le penser sincèrement.
- Tu m'as bien compris. Je crois que tu as fêté ici. Tu sais, entre amis, un petit coup de trop ? »
- Je ne bois pas, tu le sais très bien ! » Et qu'est-ce qui te fait croire ça ? » s'emporta Lisabelle.
- C'est simple. Depuis notre retour, tu n'es plus la même, tu es irritable. Ce trou dans le plafond qui semble venir de nulle part et... cette cigarette sur mon plancher. Cela ne peut pas venir de nulle part ! Aller, explique-moi si tu as mieux à dire. »
Lisabelle était prise au piège, devant deux menaces. D'un côté, la rage de son père qu'elle n'était pas encore prête à affronter de nouveau. Elle n'était pas prêt à faire ressortir de terre leurs vieux démons enterrés. Et de l'autre, cet homme. Cet homme qui, pour elle, était son testament ambulant, l'approche de sa mort. Elle ne choisit donc la rage de son père, à grands regrets.
- Tu... tu ne peux pas comprendre ! » cria-t-elle avant de retourner en courant dans sa chambre. Et inutile de me dire de cesser de faire l'enfant, c'est inutile, tu ne peux pas comprendre ! »
Son père n'eut d'autre choix que de se résigner et attendre à demain. Attendre. Ce qu'il ignorait, c'est que c'était la dernière fois qu'il la verrait plus ou moins normal.
Le pire n'était pas encore arrivé.